Lorsque je me réveillais ce matin, un jour brumeux laissait entrevoir une étincelle masquée par la fenêtre. Où étais-je ? Je passais la main dans mes cheveu. Ils étaient encore humides et emmêlés. Je me souvenais vaguement de cette nuit cauchemardesque, et l'évidence s'imposa de nouveau à moi. Dimitri était mort. Je me repris. Je n'allais pas pleurer, pas cette fois ! Il fallait que je sache où j'étais. Cette grande chambre n'était pas la mienne, je ne reconnaissais en rien la misère de ma minuscule chamière dans toute cette perfection !
Je me redressais, ma tête cognait très fort. Je constatais avec affliction que mes doigts étaient salis par une affreuse boue marron, et j'étais certaine que si je poussais un peu plus mon examen de moi-même, j'en étais probablement recouverte. J'avais l'impression d'avoir dormi dans une flaque de boue, et d'ailleurs, cet inconfort se déclarait violemment. Ma tête et mon dos me faisaient souffrir le martyre.
Soudain, l'immense porte blanche s'ouvrit à la volée. J'eus peur. Je ne m'y attendais pas. Je regardais le visage de mon hôte. Ses grands yeux noirs étaient entourés de cernes violacés indiquant qu'il n'avait pas passé une nuit banale. Ses cheveux chatains, contrairement aux miens étaient propres. Il ne portait pour tout vêtement qu'un vieux pantalon de survêtement blanc. Son sourire me submergea le coeur de toute la joie du monde. Je ne savais ni pourquoi ni comment j'étais arrivée ici, mais je sentais que ma misérable vie s'arrêtait là. J'avais entendu parler à la télé de ces lignes qui coupaient une vie en deux par un seul évènement. Du bien ou du mal, mais en tout cas, rien ne pouvait être plus horrible que ma monotone et pitoyable vie. Bizarrement, j'avais réussi à apprendre à m'en satisfaire. Le terme exact aurait été de dire que je m'y étais désormais accoutumée.
L'ange me regardait, un flacon portant une inscription ilisible dans une main, une compresse dans l'autre. A sa mine écoeurée, je compris que c'était moi la blessée, et qu'il lui incombait la tâche désagréable de me soigner. Je n'étais pas contre le fait qu'il dûsse jouer au docteur avec moi. Au contraire. Il s'approcha de moi, fermant la porte au passage. Quand il souleva ma couverture, la morsure du froid m'arracha la peau. J'étais encore vêtue de mes vieilles fringues, un tee-shirt antique noir à l'effigie dun groupe de rock canadien, et un slim noir déchiré. Je constatais que je n'avais plus mes chaussures, et un coup d'oeil en coin me soulagea. Je constatais que les baskets que j'avais empruntées à ma mère étaient posées sur le rebord de la fenêtre.
Charlie: Jordan...
L'ange me regarda, un sourire magnifique, parfait accroché sur les lèvres. J'eus un frisson, mais je n'étais pas certaine que ce fut dû à la température glaciale de la pièce. Comment pouvait-il ne pas avoir froid ? Il perçut mon infime tremblement et posa une grande veste noire sur moi. La veste, bien que propre, sentait son odeur adorable. Je l'humais discrètement, mais la manière amusée avec laquelle il me regarda réduisit les espoirs qu'il ne m'ait pas vue en miettes. Il souleva mon tee-shirt sur mes côtes, et je vis l'immense entaille qui barrait mon flanc, assez profonde et nettoyée. Il s'assit a coté de moi.
Jordan: Euh, ça risque d'être un peu douloureux...
Je grimaçais, serrant les dents. Lorsqu'il posa la compresse sur ma blessure, je retins un cri de douleur. Il passait délicatement sur les bords de mon horrible entaille, et dès qu'il voyait la souffrance sur mon visage, il retirait vivement la compresse de ma chair. Finalement, il revint avec un tube orange et un grand pansement qu'il appliqua à meme ma plaie. ll ouvrit le tube, pressa légèrement dessus et massa ma tempe de sa crème glacée.
Jordan: Tu as un sacré hématome, tu sais [ ouais, c'est ça, essaye de te justifier^^ ]
J'aurais aimé que ce moment dure une éternité, mais pourtant, il enleva rapidement sa main de mon visage. J'étais déçue. Il ne sembla pas le voir. Il se releva, jeta quelques papiers dans la corbeille et se rassit à coté de moi. J'avais des millions de questions en tête, mais je me sentais trop faile pour les poser. Je n'arrivais pas à me souvenir, ou alors très vaguement de cette nuit et à faire le lien entre ces évènements et Jordan. Pourquoi étais-je ici ? En écho à toutes mes questions informulées, il répondit:
Jordan: Charlie, n'aie plus peur, tu es chez moi...
Oh, cela me faisait une belle jambe. Et que diantre faisais-je ici ? Ma mère devait s'inquiéter, je n'étais pas rentrée chez moi de la nuit !
Charlie: Peur ?
Il avait complètement tort, je n'avais pas peur ! Comment aurais-je pu avoir peur ? Il était là, justa à coté de moi ! Il ne compris pas mon intervention, et je m'en réjouis...
Jordan: Charlie, il faut que je te parle de quelque chose.
Charlie: [ murmurant, plus pour moi que pour lui ] Dimitri...
Je savais que les relations que unissaient Jordan et Dimitri étaient peu cordiales. Ils étaient frères, et Dimitri était mon meilleur ami. Je devinais à quel point cela lui coutait de parler de cela.
Jordan: On dit qu'il s'est suicidé. [ je sais, il est assez répétitif XD ]
Charlie: [ hurlant ] Dimitri ne se serait jamais suicidé ! Tu ne l'aimes pas, et tu ne l'as jamais aimé ! Tu t'en fiches au fond ! La vérité ne t'intéresse même pas, et tout cela t'arrange !
Jordan: [ atone ] Ne dis pas des choses que tu pourrais regretter...
Je le fixais. Il paraissait étrangement dur, pas comme il avait été avec moi mais comme il l'avait toujours été avec Dimitri. Je l'avais très certainement blessé. Je me risquais à détourner les yeux, mais au fond, j'avais si peur qu'il s'en aille ! J'aurais aimé arrêter le temps. Il était tellement parfait, mais moi, j'étais juste là. Celà n'était-il pas suffisant ? Moi, en tout cas celà m'aurait suffit ! J'avais envie de pleurer. Mon meilleur ami était mort, et maintenant, aveuglée par ma tristesse, je venais de faire du mal à Jordan, comme si la douleur causée par la mort de son frère n'était pas assez grande, et qu'il fallait que j'en rajoute une couche. Je me détestait d'être aussi nulle.
Charlie: Jordan... [ c'est ça, supplie le !! ]
Jordan: Tais-toi !
Il quitta la pièce, me laissant seule.